mercredi 16 octobre 2013

Vous avez dit "durable"?



En cette aube de 21è siècle, le qualificatif “durable” est devenu un concept clé du monde économique et de la sphère des entreprises. A première vue, on peut bien sûr s’en réjouir mais, en y regardant de plus près, il est bon de se demander si cet adjectif n’est pas utilisé à tort et à travers ou ne sert uniquement de caution à de pures opérations marketing ou autres « green washing ». En effet, un groupe qui lancerait une campagne à grande échelle de diminution de sa facture énergétique mais qui, par ailleurs, offrirait des contrats précaires à une partie de ses employés serait-il considéré comme durable ? Ou une usine qui arrêterait d’utiliser certains produits toxiques mais sous-traiterait une partie de sa production vers des fournisseurs peu regardants de l’environnement? Probablement pas.

L’objectif ici n’est pas de pointer des doigts accusateurs ni de distribuer des bons ou des mauvais points mais bien de démontrer que le concept de développement durable est complexe, implique une réflexion globale sur les objectifs de l’entreprise et une évolution de nos modes de fonctionnement économiques.

Tout d’abord, arrêtons-nous un instant sur quelques notions théoriques. Le développement durable a été défini en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement comme étant « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : les besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et les limitations de la capacité de notre environnement à répondre à ces besoins actuels et futurs ». Cette définition va donc bien au-delà de la simple dimension écologique. En ce qui concerne le monde des affaires, cet ensemble sémantique est traduit par la responsabilité sociale des entreprises qui intègre l’approche des « 3 P » : Profit, People et Planet. En d’autres termes, une forme d’entrepreneuriat axée sur des prestations économiques respectant les aspects sociaux et environnementaux, et ce pour toutes les parties prenantes (clients, fournisseurs, employés et entourage direct).

Afin d’éviter que le virage « durable » d’une société ne se résume à de la cosmétique ou à un simple argument publicitaire, il convient dès lors que son objectif ne soit plus la seule maximisation du profit mais bien la maximisation de l’ensemble « profit, impact social et emprunte environnementale ». Concrètement, aucun de ces trois éléments ne peut être laissé pour compte et doit revêtir la même importance que les deux autres dans la gestion journalière comme dans les choix stratégiques posés par les dirigeants. Ce changement de postulat de départ, voire de remise en cause de la théorie économique classique, a des répercussions non négligeables dans le comportement des acteurs du marché. En effet, une entreprise qui se veut durable ne fermera pas un outil industriel rentable afin de réduire toujours plus ses coûts, eu égard aux répercutions sociales de l’opération ; ou ne lancera pas un nouveau produit prometteur qui pourrait avoir des dommages importants sur l’environnement. De même, une coopérative d’économie sociale qui ferait des pertes de manière structurelle ne pourrait être qualifiée de durable car elle ne pourrait « durer » dans le temps par défaut de rentabilité. Une autre conséquence de la portée de cette définition de « durabilité » est qu’elle ne se limite pas aux secteurs labellisés « verts » mais a comme ambition de se propager dans les segments de marché les plus divers. Un fabriquant de produits chimiques, un fournisseur de téléphonie mobile, un revendeur de matériaux pour la construction, voire une banque pourraient donc tout à fait opérer de manière durable. En outre, ce mouvement fera la part belle aux petites structures flexibles et capables de s’adapter rapidement. Autrement dit, les PMEs auront un rôle leader à jouer dans cette transformation à venir de notre économie. Parce qu’elles sont plus en phase avec leur environnement direct que les multinationales, souvent plus proches de leurs employés et ont les moyens d’implémenter une nouvelle stratégie ou une nouvelle manière de travailler bien plus rapidement. Cela n’exclut en rien les grands groupes de cette évolution mais risque de leur prendre davantage de temps.

Au final, l’objectif est que les entreprises emboitent le pas du « durable », tel que décrit ci-dessus, par intérêts propres, et non par idéologie ou vision idéalisée de la société. Même s’il est bon de poursuivre des projets par conviction idéologique, un tel changement des pratiques économiques actuelles ne peut réussir à grande échelle que si les principaux intéressés y voient un intérêt direct, une sorte de scénario win-win. Quel est-il ? Une plus grande motivation des employés grâce aux nouveaux objectifs de l’entreprise, un bien-être accru au travail via la maximisation de la dimension sociale et la création d’emplois par nature difficilement délocalisables. Ces trois conséquences devraient séduire à la fois autorités et employeurs. Les premières afin de soutenir ce type d’initiatives par les décisions politiques appropriées et les seconds afin de s’engager dans un créneau porteur, rentable et procurant du sens ainsi que de la stabilité à leurs collaborateurs. De nombreuses sociétés ont déjà sauté dans ce train durable et les créateurs d’entreprises qui s’apprêtent à le faire sont légions… Aux pouvoirs publics et aux associations sectorielles de transformer l’essai afin de veiller à ce que ce nouveau modèle entrepreneurial devienne la référence dans l’économie de demain.

Opinion parue dans L'Echo du 16 octobre 2013.

vendredi 12 octobre 2012

Le melting pot ixellois: une richesse à cultiver.

Depuis les 6 ans que j'habite Ixelles, combien de fois ne me suis-je pas émerveillé devant le mélange incessant de cultures que l'on croise en passant d'un quartier à un autre, voire d'un coin de rue à un autre. De l'ambiance africaine de Matongé ou du quartier de l'hôpital, en passant par l'accent portugais autour de la place Flagey et par les senteurs nord-africaines de la rue Malibran; et en terminant par le "petit Paris" aux environs de l'avenue Lepoutre. Au-delà de ces différentes origines qui se cotoient au quotidien, des catégories socio-économiques très différentes sont également représentées au sein de la commune. Même si je n'aime pas placer les gens dans des tiroirs ou des catégories prédéfinies, chaque être humain étant certainement beaucoup plus complexe que l'image qu'il projette, on peut se risquer à "labelliser" certains quartiers. Les BCBG du quartier de la place Brugmann, les bobos des quartiers Chatelain ou Flagey, le côté résidentiel de Bondael, l'atmosphère étudiante entourant le cimetière ou le côté plus populaire (dans le bon sens du terme) des alentours de la rue Malibran.

Tous ces contrastes et cette mixité de profils constituent à mes yeux un des points forts de la commune. Malgré ce que l'on entend souvent, ces différents types de personnalités interagissent plus souvent que l'on ne croit et je ne résiste pas à l'envie de vous raconter une anecdote à laquelle j'ai assisté cette semaine à la maison communale. J'étais en train de faire la file pour renouveler ma carte d'identité et une dame d'une soixantaine d'années plutôt BCBG vient s'asseoir à quelques mètres de moi (sur le siège du milieu d'une banquette composée de trois chaises...cela a son importance pour la suite). Je la qualifie de BCBG car elle portait un sac Louis Vuitton, des lunettes Yves St-Laurent et confirmait au téléphone qu'elle serait un peu retard pour un déjeuner au Métropole (hôtel chic de la place De Brouckère). Vous remarquerez que je suis assez curieux et que j'ai la mauvaise habitude d'écouter les conversations autour de moi dans les endroits publics. Bref. A ce moment-là, arrivent deux dames, du même âge environ que notre amie BCBG, visiblement d'origine nord-africaines et portant le voile autour du visage. L'une des deux s'assied et l'autre reste debout constatant qu'il n'y avait que deux places de part et d'autre de la dame au sac Vuitton. Celle-ci se pousse alors pour laisser les deux amies discuter l'une à côté de l'autre et s'ensuit alors une conversation tout à fait sympathique (et improbable serais-je tenté de dire) entre les trois Ixelloises au sujet des temps d'attente à la commune, de l'efficacité des services administratifs et même de la météo des prochains jours... On annonça alors le numéro 37, celui que j'avais tiré 25 minutes auparavant...

Cette anecdote me plaît car elle conforte ma conviction que nos concitoyens sont plutôt ouverts envers les autres cultures et que les exemples négatifs sont souvent grossis par les médias pour les ériger en généralités.  Malgré tout, cette histoire peut aussi paraître angélique et laisser penser que je suis naïf au point de penser que tout se passe pour le mieux à Ixelles au niveau des relations interculturelles. Ce n'est évidemment pas le cas et je suis conscient que le vivre ensemble multiculturel est un défi majeur et que les autorités publiques (dont la commune) doivent s'y engager pleinement afin que ces divers mélanges résultent un en une plus-value pour chaque citoyen.

Déformation professionnelle oblige, je me suis aussi penché sur les chiffres décrivant la population ixelloise (source: http://www.cocof.irisnet.be/site/fr/affsoc/cohesion/Files/IGEAT_F_Ixelles). Voici les statistiques qui ont retenu mon attention (chiffres datant du 1er janvier 2008):

  • En ce qui concerne les différentes nationalités habitant Ixelles, les Français arrivent en tête avec 10,1%, suivis des Italiens (3,5%), des Portugais (2,5%) et des Espagnols (2,2%). Au total, la commune compte 41,8% de non-Belges, ce qui est très élevé si on compare avec la moyenne régionale qui est de 28,1%. Par ailleurs, lorsque l'on sait que le pourcentage de non-Belges inscrits pour les élections communales de dimanche prochain stagne en-dessous des 10%, on se rend compte que cela biaise considérablement la légitimité démocratique du scrutin.
  • Au niveau des statistiques socio-économiques, on peut noter que les demandeurs d'emploi représentent 16,6% de la population ixelloise et que le taux d'activité (proportion de personnes présentes sur le marché de l'emploi - actifs occupés et demandeurs d'emploi inclus) est de 53,3% ce qui est bas comparé au 59% de la region bruxelloise.
Que faut-il conclure de ce qui précède? Que ce melting pot ixellois est une caractéristique fondamentale de la commune et constitue une richesse en soi. Afin de le cultiver, les autorités communales doivent jouer pleinement leur rôle en étant davantage à l'écoute des habitants dans les différents quartiers, en incitant les projets multiculturels (théâtre, danse, expositions,...) et en mettant en place des outils d'accueil efficaces pour les habitants de toutes origines (cours de langue, "pack de bienvenue", cours de citoyenneté via le CPAS ou encore parrainage par d'autres habitants de la commune).

Pour qu'Ixelles devienne un exemple réussi de "village monde" ancré dans le 21e siècle, chaque citoyen doit dès lors se sentir concerné par cet objectif ambitieux et encouragé dans ses initiatives par la commune.

Cordialement,
Met vriendelijke groeten,
Kind regards,
Atentamente,
Atenciosamente,


mercredi 12 septembre 2012

Le Vif remet le couvert contre la Belgique! Pourquoi?

Dans un message du 28 mai dernier, je dénonçais déjà les méthodes du Vif/L'Express qui avait monté un dossier de toute pièce afin de conclure à la séparation inéluctable de la Belgique: http://uneautrebelgique.blogspot.be/2012/05/le-vif-devenu-lallie-objectif-de-la-n.html

Avec l'édito de ce 12 septembre, Thierry Fiorilli (déjà auteur du dossier paru en mai dernier) remet le couvert en déclarant que supporter les Diables Rouges était en fait anachronique voire, pire, revenait à se rendre coupable d'aveuglement vu que la fin du pays est programmée pour juin 2014, au lendemain des élections fédérales, régionales et européennes. C'est vraiment n'importe quoi. Je n'en veux bien sûr pas au journaliste de ne pas partager mon enthousiasme par rapport au "vivre ensemble" à la belge mais à ses envolées éditoralistes basées uniquement sur de l'idélogie et de vagues constatations. Aucune trace d'analyse critique ou nuancée. C'est à mes yeux incompréhensible pour un hebdomadaire de qualité comme Le Vif. Même la presse flamande engagée ne pratique pas de telles méthodes.

Pour s'en convaincre, comparons l'édito du Vif avec un article paru dans le Standaard quelques jours auparavant sur le même sujet: les Diables Rouges et le communautaire. Le premier n'est basé que sur des considérations simplificatrices et non étayées menant tout droit à la dislocation du pays.

http://www.levif.be/info/levif-blog/les-editos-du-vif/les-diables-rouges-dansent-sur-nos-ruines/opinie-4000176429533.htm

L'article du Standaard (journal historiquement flamingant), quant à lui, se demande comment tant de Flamands peuvent voter N-VA et supporter l'équipe belge de foot. Plusieurs personnalités sont interrogées (sportifs et politologue) et l'article est rédigé tout en nuance avec une conclusion équilibrée, dénuée d'idéologie.

http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=DMF20120910_00291306

Ma seule question à la rédaction du Vif est donc la suivante: pourquoi? Pourquoi s'acharner à taper sur la Belgique de manière systématique et idéologique, sans chiffres, enquête ou analyse digne de ce nom?

samedi 18 août 2012

Le budget ixellois: l'épée de Damoclès.

Durant les semaines qui nous restent d'ici au 14 octobre, je souhaite partager avec vous les enjeux clés liés au scrutin communal ixellois. A tout seigneur, tout honneur, je vais commencer par la situation financière et budgétaire de notre commune, qui est malheureusement loin d'être saine.

Quelques chiffres afin de poser le décor:

En population, Ixelles est, en 2011, la 5e commune la plus peuplée de la Région bruxelloise avec 82.202 habitants, derrière Bruxelles-Ville, Schaerbeek, Anderlecht et Molenbeek. Par ailleurs, en 2012, le budget ixellois du service ordinaire (dépenses courantes de la commune) s’élevait à 168 millions d’EUR tandis que celui du service extraordinaire (investissements à long terme) atteignait 83 millions d’EUR.

Même si ces montants sont considérables, on peut se dire qu’ils cadrent avec les besoins d’une population de la taille de celle d’Ixelles.

Là où le constat devient plus inquiétant c’est lorsqu’on s’arrête sur les chiffres de l’endettement et du budget prévisionnel. Ixelles possède en effet une dette d’environ 126 millions d’EUR, ce qui correspond à 1.572 EUR par habitant et nous place en 3e position des communes de la Région les plus endettées (par habitant) derrière Saint-Josse et Bruxelles-Ville. Concernant le budget prévisionnel (le total des recettes estimées de l’année moins les dépenses correspondantes), celui déposé par le conseil communal d’Ixelles est dans le rouge pour 2012 avec un résultat de - 1,9 millions d’EUR. Théoriquement, les communes bruxelloises ne peuvent plus remettre de budget déficitaire à la Région, sauf exception dûment motivée. Ixelles fait donc partie des cancres de la classe bruxelloise.
Concrètement, cela veut dire que notre commune vit au-dessus de ses moyens et que cela ne risque pas de s’arranger vu notre haut niveau d’endettement. Un tel état de fait est inacceptable et mérite, à lui seul, un carton rouge à la majorité actuelle, composée du MR et du PS.

Remettre à plat le projet de transformation de la maison communale, Place Fernand Cocq:

Un des poids les plus importants du budget ixellois déficitaire est la rénovation de la maison communale et de ses alentours. Le budget initial pour ce projet est estimé à 13 millions d’EUR et on peut penser qu’il tournera davantage autour des 20 millions d’EUR lorsqu’on se rend compte de son ampleur : démolition de 2.150 m2 de bâtiments existants, construction de 6.200 m2 de bureaux nouveaux, dont un parking souterrain réservé à la direction de l’administration communale, et la rénovation lourde de 6.300 m2 de bureaux.

Ce projet est considéré par ECOLO, à juste titre, comme mégalomane et irresponsable, surtout au vu de la situation financière de la commune. Oui à une rénovation de l’îlot de la maison communale mais via un projet plus modeste (démolissant moins de bâtiments existant et les optimalisant davantage), développé en concertation avec les riverains et n’endettant pas les Ixelloises et les Ixellois pour les deux prochaines générations. ECOLO souhaite pousser un tel projet, en se limitant à une enveloppe évaluée à 5 millions d'EUR, et s'engage à le mettre en oeuvre s'il retourne aux affaires à Ixelles au lendemain des prochaines élections communales.

samedi 28 juillet 2012

Candidat ECOLO-Groen à Ixelles.

Depuis le moment où j'ai rejoint le parti ECOLO en juin 2010, je dois bien avouer que j'ai mordu à pleines dents à "l'hameçon politique" et que ma motivation à m'engager davantage dans les combats menés par le parti vert n'a fait que croître au fil du temps. Même si je ne suis pas toujours d'accord avec tout (ça serait trop beau...et trop facile!), cette motivation s'articule autour de trois axes principaux:

1) L'éthique et la manière de faire de la politique.

Evoluant au sein d'ECOLO depuis maintenant un peu plus de deux ans, j'ai pu réaliser à quel point les valeurs d'éthique et de contrôle démocratique des décisions prises se retrouvent dans les gênes vertes. Au niveau des pratiques politiques, à titre d'exemple, ECOLO est le seul à promouvoir le décumul des mandats ou la limitation dans le temps de l'exercice d'un mandat public (deux législatures consécutives maximum par niveau de pouvoir). En outre, les nominations d'administrateurs ECOLO pour les intercommunales ou autre organe public sont réalisées par un jury de sélection ad hoc et ensuite validées par un vote des membres réunis en AG. Ces règles représentent pour moi une dimension fondamentale de l'action politique et de la bonne gestion du bien public.

2) La modification de nos modèles économiques et financiers.

Ingénieur commercial de formation et cadre dans une entreprise industrielle, je me rends depuis quelque temps compte que notre modèle économique ne peut plus continuer en l'état. Que ce soit au niveau de l'exploitation des matières premières ou de la mondialisation débridée qui engendre une pression parfois intenable et des délocalisations souvent injustes, nous arrivons clairement à la fin d'un cycle. Il est donc urgent d'axer nos politiques économiques sur le développement durable, la production et l'entreprenariat local. De même, les marchés financiers doivent être davantage régulés afin de les recentrer sur leur activité première: le financement des entreprises, et non la spéculation à court terme.

3) L'amélioration de la structure fédérale belge et la lutte contre le nationalisme.

ECOLO m'a toujours semblé être le plus proche des idées rassembleuses défendues par BPlus (asbl que je préside depuis 2007 et qui oeuvre au rapprochement entre Flamands, Wallons et Bruxellois) avec des propositions telles que la circonscription électorale unique ou l'introduction de listes bilingues pour les élections régionales bruxelloises. De plus, via leur étroite collaboration avec Groen, les verts montrent bien que jeter des ponts de part et d'autre de la frontière linguistique est bien plus utile et efficace que d'ériger des murs. Durant les dernières négociations institutionnelles, les liens forts unissant ECOLO et Groen ont par ailleurs, de l'avis unanime de tous les participants, permis de débloquer de nombreux dossiers et points de friction.

L'ensemble de ces défis ainsi que la passion que j'ai pour la politique depuis mon adolescence m'ont poussé à m'engager également au niveau local et j'aurai donc le plaisir de figurer à la 13e place sur la liste ECOLO-Groen à Ixelles.

Je suis en effet convaincu que de nombreuses décisions prises au niveau communal peuvent avoir un impact important sur le quotidien de nos concitoyens. Il suffit de penser aux politiques menées par le CPAS, à l'enseignement communal, à la mobilité, à la propreté de la voirie ou encore au travail de la police pour s'en convaincre.

Voici le programme et la liste complète d'ECOLO pour Ixelles:


N'hésitez pas à me faire part de votre avis, de vos remarques ou de vos suggestions.

vendredi 27 juillet 2012

Matraquer De Wever, c’est le renforcer.

Texte paru dans la Libre Belgique du 25 juillet 2012.


Depuis quelques semaines, un nouveau sport a vu le jour : la critique systématique de Bart De Wever et de ses moindres faits et gestes. Cet exercice est par ailleurs devenu national vu que les attaques fusent des deux côtes de la frontière linguistique. Paradoxalement, la Belgique se retrouve donc unie face à cet ennemi commun des partis traditionnels flamands et du monde politico-médiatique francophone dans son entièreté.
Ces reproches systématiques formulés à l’égard du leader nationaliste peuvent en outre se regrouper en deux catégories : ceux visant sa personne et ceux annonçant le chaos pour juin 2014. Le premier est illustré par Alexander De Croo (Open-VLD) ironisant sur son absence du parlement flamand par rapport à son omniprésence médiatique tandis que le second l’est par les récentes sorties d’Eric Van Rompuy (CD&V) décriant ses desseins séparatistes ou par certaines Unes de journaux francophones suite aux récents sondages donnant la N-VA largement en tête des intentions de vote en Flandre. Dans les deux cas, c’est tout à fait contreproductif. Tout d’abord, les provocations ad hominem représentent le terrain de jeu favori de Bart De Wever, sur lequel il est imbattable. Grâce à son charisme, son humour cynique et son verbe haut en couleur, il excelle dans la riposte et dans la réplique cinglante. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si plus aucun responsable politique flamand n’ose débattre face à lui sur un plateau de télévision depuis des mois. Ensuite, jouer les Cassandres et prédire la fin brutale du pays en cas de victoire écrasante de la N-VA en juin 2014 est une stratégie vouée à l’échec. Rappelons-nous que les nationalistes se présentent volontiers comme « anti-establishment » et comme moteur du changement (comme le rappelle leur slogan pour les communales «de kracht van verandering - la force du changement ») et qu’ils seraient ravis de pouvoir ébranler le système en place. De plus, ils savent pertinemment bien que leur nouvel électorat ne les a pas rejoints pour des raisons communautaires mais pour leur profil de droite décomplexée, voire populiste. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le potentiel électoral de la N-VA est évalué à 40%, tandis que le nombre de séparatiste reste invariablement autour des 15% depuis presque 20 ans dans toutes les enquêtes d’opinion. Contrairement à certaines idées reçues, l’aspect communautaire n’est pas prioritaire dans le choix de vote des Flamands. Hurler au loup séparatiste n’influencera dès lors pas leur vote et aura comme seule conséquence de mettre la N-VA encore un peu plus sous le feu des projecteurs.

La preuve la plus flagrante de ce qui précède est que De Wever lui-même cherche continuellement à susciter les réactions précitées en flinguant tous azimuts : contre le gouvernement fédéral (cible privilégiée), contre ses partenaires du gouvernement flamand (dont la N-VA fait partie) et même contre l’Europe qu’il compare à une Belgique XXL en termes de fonctionnement.
Faudrait-il donc laisser le président des nationalistes en paix et, comme une douleur lancinante dans le dos, attendre que cela passe en serrant les dents ? Bien sûr que non. Il est important de continuer à lui faire face dans la perspective des élections fédérale et régionale de 2014, dont les résultats pourraient de facto faire trembler notre pays sur ses bases. Mais en modifiant l’angle d’attaque. Arrêtons d’agiter l’épouvantail séparatiste ou de viser la forme, attaquons le cœur de la cible : le programme socio-économique de la N-VA, qui lui permet de ratisser aussi large.

En analysant celui-ci de plus près, on se rend assez rapidement compte que de nombreux points pourraient donner lieu à des controverses ou à des débats houleux. En voici quelques exemples :
- scission de l’impôt des sociétés et concurrence fiscale entre Régions

- scission et privatisation partielle de la sécurité sociale

- diminution drastique du rôle syndical au sein des entreprises

- réduction au maximum du rôle de l’Etat

- flexibilisation poussée à l’extrême des horaires de travail et des salaires

- suppression des statuts ouvrier et employé
En d’autres mots, c’est clairement un programme de droite néo-libérale dure, dans la lignée de Margareth Thatcher, voire même de Georges W. Bush. Chaque parti a bien sûr le droit de défendre les idées qui lui plaisent (seules celles d’extrême droite étant intrinsèquement intolérables) mais la question est de savoir si les potentiels 40% de l’électorat flamand tentés par la N-VA se retrouvent dans ces points de vue. On peut sérieusement en douter vu qu’ils seraient défavorables à de nombreux pans de la société. Le problème majeur est qu’ils sont probablement inconnus du grand public car il en est très peu fait mention dans les émissions ou articles de presse consacrés à Bart De Wever et à son parti. Taper sur le clou des faiblesses de cet argumentaire et sur les conséquences désastreuses qu’il pourrait avoir sur une large partie de la population belge, flamande en particulier, est le meilleur moyen de faire mentir les oracles plaçant la N-VA aux portes de la majorité absolue en Flandre en 2014.
Même si la comparaison peut s’avérer boiteuse, De Wever fait aujourd’hui penser au Sarkozy de 2007 : incarnant le changement, voulant rompre avec le passé, ultra populaire et pouvant rassembler aussi bien à gauche qu’à droite autour de son seul nom. La pratique du pouvoir et la mise en place de son programme ont mis fin à cet état de grâce pour terminer par une défaite le 6 mai dernier dans les urnes. Pour que pareille désillusion puisse arriver au leader nationaliste, sa personne devrait être liée à l’exercice du pouvoir, ce qui n’est pas le cas actuellement, même si son parti se trouve dans la majorité régionale flamande. Faudrait-il en arriver à souhaiter une victoire de De Wever à Anvers en 2012 afin de pouvoir confronter son programme et sa gestion politique à la réalité, et de mieux le tacler durant la campagne de 2014 ? La question a le mérite d’être posée.

lundi 28 mai 2012

Réaction au dossier du Vif du 25 mai "Wallons-Flamands, couple raté".

Voici le texte complet de la réaction que j'ai envoyée à la rédaction du Vif suite à leur dossier du 25 mai dernier: "Wallons-Flamands, couple raté".

Pourquoi annoncer à tout prix la fin de la Belgique ?

A la lecture du dossier du Vif de la semaine dernière « Wallons - Flamands, le couple raté » et de l’éditorial de Christine Laurent « Divorce à la Belge », je me suis demandé si je lisais une publication électorale nationaliste flamande ou si j’avais entre les mains un des hebdomadaires francophones les plus sérieux du pays. Ce n’est pas tant le corps de ce dossier historico-psychologique qui était choquant, mais bien les conclusions tirées, tout à fait malhonnêtes intellectuellement.

Au niveau historique, même si des variations existent d’un expert à l’autre, les faits et les symboles sont connus : l’élite au pouvoir dès la naissance de la Belgique était francophone et a contrôlé l’Etat jusqu’à la moitié du 20e siècle, les soldats flamands envoyés au front en 1914 ne comprenaient pas la langue de Voltaire, la collaboration a été traitée différemment au sortir de la 2e guerre mondiale de part et d’autre de la frontière linguistique, le « walen buiten » a provoqué une fracture irréversible, le nationalisme politique flamand enchaîne les victoires électorales depuis les années’70, etc... Cette partie descriptive du dossier est d’autant plus inattaquable qu’elle se base sur un ouvrage de qualité écrit par des historiens et des psychologues de renom : « Belgique-België : Un Etat, deux mémoires collectives ? » (éditions Mardaga). La raison commence à perdre pied lorsque les journalistes en concluent que « le ver était dans le fruit dès l'origine », que le « divorce est annoncé » ou que « depuis toujours, Flamands et Wallons évoluent mentalement chacun de leur côté ». C'est non seulement très simpliste, mais cela casse surtout le travail tout en nuance et en équilibre de l’ouvrage précité. Le clou de ces raccourcis journalistiques se trouve sans doute en page 26 lorsque Pierre Havaux souhaite démontrer l'échec de l'Etat belge en concluant par: « Aujourd'hui, devant la télé, le Flamand savoure The Voice Vlaanderen. Le francophone s'éclate devant The Voice Belgique. » On croit rêver... Le degré de probabilité de scission du pays est jugé à l’aune des programmes de téléréalité regardés. Le plus paradoxal est que le chef du jury de la version flamande était Koen Wauters (membre du groupe Clouseau et auteur de la chanson Leve België), ennemi juré des séparatistes et que la finaliste de la version francophone était flamande… Un imbroglio bien belge donc mais, soit, passons.

Il n’est cependant pas question ici de faire de la méthode Coué belgicaine de base. Oui, les Flamands et les francophones (et les Germanophones d'ailleurs) sont différents, ne regardent pas la même télévision, n'écoutent pas les mêmes chanteurs, ont des lectures propres de certains événements historiques (souvent très symboliques) et votent de manière sensiblement distincte. Est-ce pour autant qu'il faut en conclure que ce pays est fini? Que ses 10 millions d'habitants n'ont plus aucun avenir ensemble? Que nous sommes tous et toutes contraints à l'appauvrissement (financier comme culturel) généralisé? Cette propension à la sinistrose, volontaire ou pas, devient tout à fait insupportable. Pourquoi ne pas mettre en avant que la Belgique est un des pays européens qui a le mieux résisté à la crise économique, avec un taux chômage, certes trop élevé, mais inférieur à la moyenne de la zone Euro ou avec un déficit public inférieur à 3% et conforme aux critères de Maastricht ? Cerise sur le gâteau, notre pays excelle au classement de l’indice du « Vivre mieux » de l’OCDE, loin devant la France, l’Italie ou le Japon. Et pourtant, pas un seul cocorico à l’horizon.

Le plus irritant, dans le dossier incriminé, est que les articles et l’éditorial concluant à la fin inéluctable du pays ne mentionnent pas une seule fois les concepts clés constituant aujourd’hui une plus-value pour nos concitoyens : solidarité, dynamisme économique et multiculturalité.

La solidarité entre des personnes de génération, de condition, d’origine ou de langue différente est le ciment de toute société. Casser le modèle belge signifie mettre fin à ce lien interpersonnel indispensable qui a déjà tant de mal à s’exprimer au niveau européen. Si Wallons, Flamands et Bruxellois ne sont pas capables de partager le même filet social, oublions immédiatement tout mécanisme qui permettrait de venir en aide aux populations grecques, espagnoles ou portugaises.

Concernant le dynamisme économique, de nombreuses publications ont démontré par le passé que les entreprises n’avaient rien à gagner d’une séparation : instabilité juridique, augmentation des tracas administratifs ou risque de concurrence fiscale entre les nouveaux Etats. Sans parler de la dégradation du climat de confiance entre francophones et Flamands qui seront obligés de rester voisins et donc partenaires commerciaux. Enfin, parler des langues distinctes au sein d’un même pays engendre, il est vrai, des complications et des malentendus. Mais une telle multiculturalité n’est-elle pas avant tout une richesse ? Que ce soit en termes d’ouverture d’esprit, de mélange ou de compétitivité sur le marché du travail. Sur ces trois thèmes fondamentaux, pas un mot… Un silence qui en dit long.
Je ne sais pas pourquoi Le Vif a décrété un tel crédo basé sur une analyse aussi partielle de notre passé et de notre contexte communautaire. Quel intérêt y a-t-il à annoncer à tout prix la fin de la Belgique ? Y aurait-il une intention de faire passer un message politique envers la population francophone? Je n'en ai aucune idée mais j’aimerais comprendre. Je souhaiterais également demander à la rédaction de réaliser leur prochain dossier, par soucis d’équité idéologique, sur « Les pistes pour améliorer le modèle belge ». Dans ce monde autour de nous, où des pays se déchirent, sont au bord de la faillite, et flirtent avec l’extrême droite populiste, l’exemple belge témoigne en effet d’un espoir pour l’avenir, celui de faire cohabiter, au cœur de l’Europe, des communautés différentes, mais néanmoins attachées à une même conception de la chose publique. Cela représente un défi de taille qui sera toujours soumis à des tensions, des réformes et des remises en question. C’est le prix à payer pour qu’il continue à procurer du bien-être à ses 10 millions d’habitants, comme il le fait depuis 182 ans.